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L'histoire du Mas de Lafeuillade : quand un ténor faisait chanter Montpellier


Derrière la quiétude de son parc classé, le Mas de Lafeuillade cache une histoire extraordinaire. Celle d'un homme, Jean-François Lafeuillade, ténor du XIXe siècle, dont la voix aurait un jour changé le cours de l'histoire européenne. Séjourner ici, c'est dormir dans la demeure d'un artiste hors du commun.


Jean-François Lafeuillade, ténor et directeur de théâtre (1799-1872)

Né au Pouget, dans l'Hérault, Jean-François Lafeuillade quitte Montpellier à 20 ans pour le Conservatoire de Paris. Il y commence une carrière de ténor qui le mènera vers de grands succès, en France comme en Belgique. On le retrouve dès 1820 au Théâtre Feydeau, puis à l'Opéra-Comique dans « La Dame Blanche » et « Jean de Paris » de Boïeldieu. Artiste complet, il mène en parallèle une carrière de directeur de théâtre, à Rouen, Toulouse, Bordeaux ou encore Marseille.


Le soir où un opéra déclencha une révolution

C'est le rôle de Masaniello, le pêcheur napolitain de « La Muette de Portici », qui inscrit Lafeuillade dans l'Histoire. Le 25 août 1830, au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, la représentation de cet opéra met le feu aux poudres. Au deuxième acte, l'air « Amour sacré de la patrie » soulève la salle. Au troisième acte, lorsque Masaniello brandit sa hache et lance « Aux armes ! », le public se lève, reprend le cri et se rue dans les rues. C'est le début de la révolution belge et de l'indépendance du pays. Selon l'histoire transmise au domaine, c'est bien Lafeuillade qui, ce soir-là, tenait le rôle et embrasa la foule.

    « Amour sacré de la patrie, rends-nous l'audace et la fierté. À mon pays je dois la vie, il me devra sa liberté ! » — extrait de l'acte II de « La Muette de Portici ».


Une retraite à Montpellier

En 1836, au faîte de sa carrière, Lafeuillade achète le domaine montpelliérain qui porte aujourd'hui son nom. Il s'y retire et y meurt en 1872. Le lieu lui survit : en 1944, le domaine est classé pour son magnifique parc ordonnancé, orné de statues, de vasques et de vases. Une parenthèse de verdure et d'histoire, en plein cœur de Montpellier.


Un parc devenu écrin d'art contemporain

Fidèle à l'esprit artistique des lieux, le domaine a invité quatre artistes de renom à réenchanter son parc : Vincent Bioulès, Alain Clément, Bernard Pagès et Hervé di Rosa. Leurs œuvres dialoguent avec le patrimoine — notamment dans l'allée des Grands Hommes, autrefois bordée de bustes des penseurs du XVIIIe siècle. L'art d'hier et d'aujourd'hui s'y répondent, comme un fil tendu à travers les siècles.


Du mas historique aux chambres d'hôtes

Le mas historique a été soigneusement réhabilité par les Ateliers A+ (anciennement A+ architecture) et transformé en cinq chambres d'hôtes et un restaurant. Depuis 2016, le lieu est animé par Max Bonon, ses associés et le chef José de Castro, dont la table met à l'honneur les produits du marché. Dormir au Mas de Lafeuillade, c'est prolonger, à sa manière, la belle histoire de ce domaine d'exception.


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